WorkShop 15 : Politics in the Middle East and North Africa: Toward the Invention of Tradition?

Twelfth Mediterranean Research Meeting 2011 

Politics in the Middle East and North Africa: Toward the Invention of Tradition? / La politique dans les sociétés d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient : vers l'invention de la tradition?

 

directed by:

Mohammed Hachemaoui

Université d'Alger 

hachemaoui_mohammed@yahoo.fr 

Robert P. Parks

Centre d'Études Maghrébines en Algérie

parks@cema-northafrica.org

 

Abstract

 

Certain questions in the social sciences need to be revisited frequently. The relationship between “primordial,” “traditional,” or “local” forms of organization and the state is one of these, raising new theoretical questions with each generation: Which preceded which? What role do “primordial groups” play in state formation? How are the state and “traditional” social structures intertwined? Are “traditional” politics in the contemporary era artifacts or the reinvention of tradition?

 

Occupying a major place in political analysis of the Middle East and North Africa (MENA), the “State and Society” literature seeks to answer some of those questions: societal studies focus on the role of custom, religion, tradition or modernization, or classes within political society, whereas state-centric studies seek to address the relative degree of state autonomy. While elegant, the quest for parsimony evacuates politics from the equation of both: state-centric models dismiss society; societal-centric models assume the state. Few studies disaggregate state and society, seeking to understand intra-societal or intra-state relations or negotiation between different agents of the state and actors in society. Rarer still are those that explore state and society beyond the macro-level. Conceptualized as mutually discrete units, the development of both state and society is linear.

 

Missing local state institutions and actors, and failing to account for diverse societal actors at national and local levels, such analyses are hard pressed to explain the resurgence in ethnicity, zawiyya, and tribalism in MENA politics. Instead of seeking to link the confluence of “traditional” authority and power and party politics at the local-level with the larger body of national politics, state-driven arguments dismiss “primordial politics” as archaic and on the demise, whereas societal-driven arguments reduce the phenomenon as a part of a given state’s political culture, indelibly worked into national institutions.

 

Looking at the nexus of “primordial” organization and party politics in local, regional, and national elections, this panel aims to: 1) study the forms of state imbrication in local politics; 2) observe the tension and conflicts within the local arena; 3) analyze the rules of the game at the local level and how they affect or are affected by larger political battles.

 

Workshop Description

 

Si certaines questions de sciences sociales s’épuisent une fois défrichées, d’autres exigent à l’inverse d’être revisités à chaque génération. La problématique des rapports communautés versus Etats appartient à cette deuxième catégorie. L’articulation des tribus, zawiyas et autres ethnies à l’Etat soulève il est vrai d’inépuisables questions théoriques. Qui, de la communauté de base ou de l’Etat, est le précurseur de l’autre ? Quel rôle joue les groupes de solidarité primordiale dans le processus de ‘state formation’ ? Quelle est l’implication de l’Etat dans la formation des communautés de base ? Rémanence du traditionnel ou invention de la tradition ?

 

La problématique Etat versus société, prédominante en théorie sociale, occupe une place de choix dans l’étude des polités d’Afrique du nord et du Moyen-Orient. Les travaux consacrés à la question, nombreux, balancent pour l’essentiel entre deux approches standards : l’une tournée vers la société, l’autre centrée sur l’Etat. La première propose, à travers des concepts tels que la classe dirigeante, l’hégémonie ou le consensus des normes, un cadre unitaire dans lequel elle englobe les diverses composantes de la société. La seconde, focalisée sur les positions de leadership, avance l’assomption selon laquelle l’Etat parvient, en tant qu’appareil suffisamment fort et autonome, à façonner la société. Les deux approches ont l’élégance des théories nomothétiques ; elles ne pêchent pas moins par excès de réification : l’une et l’autre ont en commun d’appréhender l’Etat et la société en termes indifférenciés quand elles ne les présentent pas comme des entités holistiques dotées de statuts organiques et empruntant des trajectoires unilinéaires. Les entreprises qui s’emploient à désagréger l’Etat et la société en analysant les différents acteurs et niveaux d’interaction sont encore rares.

 

Les travaux politologiques portant sur le monde arabe contemporain ne paraissent pas trop s’écarter de ce tableau ; préférant plus ordinairement les analyses par le haut, les modèles systémiques et les données agrégées, s’intéressent rarement, sinon de façon superfétatoire, aux profondeurs sociales du politique. Les études anthropologiques, dominées par les études micro, tendent en revanche, sinon à tourner le dos au système de gouvernement, du moins à représenter la société locale comme l’antithèse politique de l’Etat. Les entreprises qui s’emploient à faire se lier les deux paliers dans une même grille d’interprétation opèrent fréquemment un coup de force interprétatif en transposant le macro sur le micro ou, inversement, en extrapolant celui-ci sur celui-là.

 

L’examen des rapports communautés de base versus Etat, est un bon exercice pour rompre avec ces ‘manies universitaires’ : il permet d’observer les logiques de solidarité et les stratégies de mobilisation par-delà les réifications attendues, de reconstituer les réseaux de clientèles entre le centre et la périphérie, d’analyser, par-delà les assomptions consacrées, le fonctionnement politique in concreto des régimes autoritaires. Or les pays arabes enregistrent une démultiplication, ces dernières années, de phénomènes perçues par les médias comme ‘archaïques’: manipulations, par Saddam Hussein, des rivalités tribales et confessionnelles en Irak ; affrontements interconfessionnels entre coptes et musulmans en Egypte ; contestation radicale se donnant le nom de ‘mouvement des arouchs [tribus]’ en Kabylie en 2001/2002 ; conflits meurtriers dans la vallée du Mzab entre membres de la tribu des sh’âmba et ceux de la communauté berbère ibadite (en 1985, 1990, 2008 et 2009) ; accueils fastueux réservés par les notables tribaux et shaykhs de zawiyas des différentes régions du pays à chacune des visites (pré)électorales du Président Bouteflika (entre 2001 et 2009), etc.

 

Ici surgit l’énigme : pourquoi après plus d’un siècle chargé de ruptures allant de l’écroulement des communautés traditionnelles à la colonisation, de la domination coloniale au triomphe du nationalisme, de la ‘révolution socialiste’ à la communauté émotionnelle de la umma, les solidarités primordiales paraissent-elles aussi prégnantes dans les polités d’Afrique du nord du Moyen-Orient ? Avons-nous affaire à une tenace rémanence des structures traditionnelles ou à une invention de la tradition ?

 

Le problème posé, dans la région, par les rapports Etat vs communautés de base a donné lieu, pour l’essentiel, à deux interprétations opposées. L’une, défendue par Ernest Gellner – dans les pas d’Ibn Khaldûn-, souligne le fondement tribal de l’Etat, la faiblesse de la société civile et la force de la culture tribale comme idiome de mobilisations des groupes . John Waterbury, appliquant la théorie du lignage segmentaire à la vie politique, reprend cette ligne d’analyse en filigrane de sa thèse sur la monarchie marocaine. L’autre interprétation, posée par Daniel Lerner, postule que la « modernisation » en cours dans les Etats du Moyen Orient – qui ont le choix entre « La Mecque et la mécanisation » – consacre le déclin de la « société traditionnelle ». Elbaki Hermassi, un des représentants de l’école de la modernisation au Maghreb, estime que la colonisation a provoqué une « tabula rasa » culturelle sur laquelle la « modernité » peut désormais éclore. Les deux cadres d’interprétation, pour aussi opposés qu’ils soient, ont en commun de pêcher par réductionnisme : le premier par essentialisme ; le second par self fulfilling prophecies ; le politique accusant, dans l’une et l’autre lectures, un sérieux déficit d’historicité.

 

Les élections peuvent, sous certaines conditions, constituer une entrée pour appréhender ce problème. La politique électorale des régimes autoritaires demeure toutefois, en dépit même de quelques incursions, un objet d’étude marginal, les politistes considérant ce type de scrutins comme « sans choix », donc sans « intérêt heuristique ». La méthode quantitative, qui tente de combler ce déficit, est aussi fiable que peuvent l’être les résultats électoraux officiels et les ‘sondages d’opinion’ sur lesquels elle s’appuie ; l’analyse des discours, indifférente à la real politics, n’est pas non plus d’un grand secours s’agissant de la compréhension du problème qui nous occupe.

 

L’approche adoptée ici, s’inscrivant dans le cadre de la sociologie compréhensive, privilégie – par-delà l’entretien qualitatif – l’observation in situ, la « description dense » et les concepts « proches de l’expérience ». La démarche vise : l’étude des formes d’imbrication de l’Etat dans la politique locale quotidienne ; l’observation des tensions et des conflits qui innervent les arènes locales de l’intérieur ; l’analyse du jeu social, soit la distribution du pouvoir au sein de la société locale.

 

L’atelier, que nous proposons, voudrait se pencher sur les axes suivants :

 Re-traditionalisation du politique ;

 les confréries en politique ;

 le tribalisme politique ;

 l’ethnicisation du politique ;

 les répertoires et nouvelles figures de la notabilité.

 

Bibliographie sélective

 

 Lila Abu-Lughod, « Zones of Theory in the Anthropology of the Arab World », Annual Review of Anthropology, (18), 1989.

 Talal Asad, « Anthropological Conceptions of Religion : Reflections on Geertz », Man (18 :2), 1983.

 ______. « The Idea of An Anthropology of Islam »,  Occasional Papers Series, Center for Contemporary Arab Studies, Georgetown University, 1986.

 Georges Balandier, Le détour. Pouvoir et modernité, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 1985.

 Jean François Bayart, L’Etat en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 1989.

 Abdesselam Cheddadi, Ibn Khaldûn. L’homme et le théoricien de la civilisation, Paris, Gallimard, coll. «  bibliothèque des histoires », 2006.

 Fanny Colonna, « Cultural Resistance and Religious Legitimacy in Colonial Algeria », Economy and Society, 1974, 3, pp. 233-255.

 Clifford Geertz, «Thick Description: Toward an Interpretative Theory of Culture » dans The Interpretation of Cultures.Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, pp. 3-30.

 ______. « Ideology As a Cultural System » dans The Interpretation of Cultures. Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, pp. 193-233.

 ______. « The Integrative Revolution: Primordial Sentiments and Civil Politics in the New States » dans The Interpretation of Cultures. Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, pp. 255-310.

 ______. « Politics Present: Some Notes On the Uses of Anthropology in Understanding the New States » dans The Interpretation of Cultures. Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, pp. 327-341.

 ______. « ‘Du point de vue de l’indigène’ : sur la nature de la compréhension anthropologique » dans Id, Savoir local, savoir global. Les lieux du savoir, trad., Paris, PUF, 2e éd, 1999 [1983].

 ______. « Centres, rois et charisme : réflexions sur les symboliques du pouvoir » dans Id, Savoir local, savoir global. Les lieux du savoir, trad., Paris, PUF, 2e éd, 1999 [1983] p. 153-182.

 ______. Observer l’Islam. Changements religieux au Maroc et en Indonésie, trad., Paris, La Découverte, 1992 [1968].

 Ernest Gellner, Muslim Society, Cambridge, Cambridge University Press, 1981.

 Mohammed Hachemaoui, « Y a-t-il des tribus dans l’urne ? Sociologie d’une énigme électorale algérienne », Cahiers d’Etudes Africaines, à paraître 2011.

 ______. Clientélisme et corruption dans le système politique algérien (1999/2004), Thèse, Institut d’études politiques de Paris, 2005.

 ______. « La représentation politique en Algérie », Revue française de science politique, vol. 53, n°1, février 2003, pp. 35-71.

 Abdellah Hammoudi, Master and Disciple. The Cultural foundations of Moroccan Authoritarianism, Chicago, Chicago University Press, 1997.

 Eric Hobsbawm, “Introduction: Inventing Traditions” dans Eric Hobsbawm et Terence Ranger, dir., The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, pp. 1-14.

 Guy Hermet, Alain Rouquié, Juan Linz, Des élections pas comme les autres, Paris, Presses de la Fondation nationale de sciences politiques, 1978.

 Elbaki Hermassi, Leadership and National Development in North Africa, Berkley, University of California Press, 1972.

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 Ibn Khaldûn, Le Livre des Exemples, t. I, traduction et présentation par Abdesselam Cheddadi, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2002.

 Daniel Lerner, The Passing of Traditional Society. Modernizing the Middle East, New York, Free Press, 1958.

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 Rémy Leveau, Le Fellah marocain défenseur du trône, Paris, Presses de la fondation nationale de sciences politiques, 1985, 2e édition revue et augmentée [1975].

 Juan Linz, Totalitarian and Authoritarian Regimes, Boulder, Lynne Rienner Publischers, 2000.

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 Philip Khoury & Joseph Kostiner, eds., Tribes and State Formation in the Middle East, London, Tauris, 1991.

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 ______. « The Algerian Bureaucracy » dans Talal Asad et Roger Owen, eds., The Middle East. The Sociology of ‘Developping Societies’, New York, Monthly Review Press, 1983.

 Olivier Roy, “Clientélisme et groupes de solidarité: survivance ou recomposition?” dans Ghassan Salamé, dir., Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouvertures dans le monde arabe et islamique, Paris, Fayard, 1994, pp. 397-412

 Andreas Schedler, ed., Electoral Authoritarianism. The Dynamics of Unfree Competition, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 2006.

 Diane Singerman, Avenues of Participation : Family, Politics, and Networks in Urban Quarters of Cairo, Princeton, Princeton University Press, 1994.

 John Waterbury, Le commandeur des croyants. La monarchie marocaine et son élite, trad., Paris, PUF, 1975.

 Lisa Wedeen, Ambiguities Of Domination. Politics, Rhetoric, And Symbols in Contemporary Syria, Chicago, Chicago University Press, 1999.

 

 

Page last updated on 07 October 2010